Contemporain de la seconde génération des élèves de David, active à partir de l’extrême fin du xviiie siècle, Guérin, par ses peintures, est de ceux qui se sont le plus rapprochés de lui. Il n’étudia pourtant pas dans son atelier, mais dans ceux de ses rivaux Nicolas Guy Brenet et Jean-Baptiste Regnault. Grand Prix de peinture en 1797 avec La Mort de Caton (École nationale supérieure des beaux-arts, Paris), il dut rester à Paris, l’Académie de France à Rome ayant été fermée à la suite du conflit avec les États pontificaux (il put finalement se rendre en Italie entre 1803 et 1805). Il fit sensation au Salon deux ans plus tard avec le Retour de Marcus Sextus, Louvre, Paris), sujet supposé avoir été tiré de l’histoire romaine, mais inventé par lui tout en restant vraisemblable, et lointainement inspiré du Bélisaire (1767) de Marmontel. La composition et la facture devaient beaucoup aux modèles classiques de Poussin et, surtout, à l’Andromaque et au Brutus de David. Le succès était également dû aux résonances contemporaines que pouvait évoquer le tableau : dans les épreuves de Marcus Sextus, on vit celles des émigrés. « Qu’i mportent des noms romains et des costumes antiques ? Les malheurs ne rapprochent-ils pas les lieux et les distances ? » écrivit ainsi un critique. Le succès de Guérin ne se démentit pas avec les tableaux qu’il exécuta ensuite, sur des thèmes pour l’essentiel tirés de l’Antiquité classique mais se suffisant cette fois à eux-mêmes : Phèdre et Hippolyte (1802, Louvre), Andromaque et Pyrrhus (1817, ibid.), Énée raconte à Didon les malheurs de Troie (1816, ibid.), Clytemnestre (1817, ibid.).
L’esthétique de Guérin, typiquement néoclassique, mais aussi très marquée par le théâtre, notamment dans l’expression parfois presque outrée ou caricaturale des visages, y concentre l’action sur quelques personnages au sein de rigoureuses compositions. Il en va de même des quelques toiles, plus inventives, consacrées à des sujets contemporains, Bonaparte pardonnant aux révoltés du Caire (1808, Musée national […]
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