Haut fonctionnaire réputé pour sa rigueur et son intégrité, modèle accompli du “grand commis”, Paul Delouvrier n'aura tout au long de sa carrière avoué qu'un seul maître : l'État. Son peu de goût pour l'affiliation partisane, le constant souci de préserver sa liberté, un profond attachement aux réalités comme aux “utopies concrètes” l'amenèrent à préférer aux offres qui lui furent successivement faites (en 1947, d'entrer au R.P.F. ; en 1961 et 1972, d'être ministre) les postes de direction où il pouvait efficacement agir.
Né le 25 juin 1914 à Remiremont, dans les Vosges, Delouvrier reçut une éducation religieuse. Il étudie le droit à l'Institut catholique puis entre à Sciences politiques. Attiré par la démocratie chrétienne – mais sans illusion sur l'avenir immédiat de celle-ci dans un monde marqué par la montée des dictatures –, il prépare en 1937 le concours de l'Inspection des finances, auquel il ne se présentera pas, sa vision critique de l'orthodoxie économique augurant mal de l'issue. Une bourse de la fondation Lyautey lui fait connaître l'Afrique du Nord l'année suivante ; il y reviendra dix ans plus tard aux côtés de René Mayer. Mobilisé en 1939, celui qui a déjà s […]
