2. « Que Dieu vous garde des expansifs ! »
Il n'est d'ailleurs pas interdit de lire Parallèlement comme une sorte de bilan, quoique Verlaine ne l'ait à coup sûr pas envisagé ainsi. On trouve ici des échos très nets d'œuvres antérieures : Poèmes saturniens (« Poème saturnien »), Fêtes galantes (« La Dernière Fête galante »), Jadis et Naguère (« Allégorie », « Réversibilités »). De même, le souvenir des moments passés avec Rimbaud (« Explication », « Autre explication », « Laeti et errabundi ») ou Mathilde (« À Madame, Guitare ») contribue à donner au recueil la tonalité nostalgique, voire crépusculaire, d'une autobiographie, comme en témoignent les deux poèmes liminaires, « Dédicace » et « Allégorie », ou encore le double autoportrait que forment « L'Impudent » et « L'Impénitent ».
Il reste que le thème dominant est bien l'érotisme, qui inspire, à des degrés divers, près de la moitié des pièces de Parallèlement. Dans ce « livre orgiaque », la chair est évoquée tantôt avec une certaine retenue, recouverte du voile moins pudique que puissamment suggestif de la métaphore : « Les grands rideaux du grand lit d'Adeline/Ont entendu, Claire, ta voix rieuse,/Ta douce voix argentine et câline/Qu'une autre voix enlace, furieuse. » (« Per amica silenti ») ; tantôt de manière plus crue : « Cuisses belles, seins redressants,/Le dos, les reins, le ventre, fête/Pour les yeux et les mains en quête/Et pour la bouche et tous les sens ? » (« À la princesse Roukhine ») ; voire triviale : « Tes seins en avant,/ Tes mollets farauds,/Ton buste tentant,/– Gai, comme impudent,/Ton cul ferme et gros ») (« À mademoiselle »). Au reste, si la culpabilité ne transparaît guère dans ces vers, où s'exprime plutôt le vertige de l'abandon au plaisir, la sexualité n'en est pas moins, significativement, envisagée sous les formes d'un interdit à transgresser, notamment à travers la prostitution (« Filles ») et l'homosexualité (« Les Amies »). Mais là encore, Verlaine cultive une certaine ambiguïté, en évoquant plutôt cette dern […]
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