Mongo Beti fut une figure hors normes de la „renaissance africaine“ du xxe siècle : auteur d'une douzaine de romans qui composent une fresque épique et cocasse retraçant plus de cinquante ans de vie africaine ; professeur agrégé de lettres classiques depuis 1996 ; polémiste redoutable, aimant à se laisser porter par la passion ; analyste impitoyable, depuis son exil français, des réalités de son pays natal, le Cameroun ; animateur d'une revue tiers-mondiste, Peuples noirs, peuples africains, dont il maintint la ligne politique sans compromis ; fondateur après être rentré au pays en 1994, à l'heure de la retraite, de la librairie des Peuples noirs, vite devenue à Yaoundé un vivant foyer de résistance intellectuelle.
Alexandre Biyidi-Awala (c'est son nom d'état civil) est né en 1932 à M'Balmayo, petite ville du pays beti, au centre du Cameroun. Son expérience directe de la vie coloniale nourrit ses premiers textes, publiés sous le pseudonyme d'Eza Boto (c'est-à-dire „les gens d'autrui“) : une nouvelle, Sans haine et sans amour (1953) et un court roman, Ville cruelle(1953), deux analyses lucides de la situation coloniale. Dans l […]
