Autodidacte, Ousmane Sembène se fait connaître d'abord comme romancier dans les années 1950. Mais, constatant le faible impact de la littérature d'expression française sur le continent noir, il choisit le cinéma pour être mieux compris de ses compatriotes. Il tourne donc le premier long-métrage africain, La Noire de... (1966) et en signera huit autres par la suite, pratiquant un réalisme social qui donne à réfléchir sur l'Histoire, le néocolonialisme ou les aléas de l'indépendance tout en voulant faire évoluer les situations archaïques. Usant de sa reconnaissance internationale, Ousmane Sembène va s'adresser avec son franc-parler aux politiques sénégalais et aux instances culturelles des pays occidentaux, décideurs financiers sans lesquels peu de ses films auraient pu être produits. Il aura incarné cinquante ans la voix des intellectuels, artistes et autres créateurs qui considéraient tous « l'aîné des anciens » comme une référence fondamentale, le « phare » du cinéma africain (selon les termes du metteur en scène et critique tunisien Ferid Boughedir).
1. Docker romancier et cinéaste
Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor (Gambie sénégalaise, Afrique-Occidentale française) d'un père pêcheur, Ousmane Sembène travaille dès 1937 comme mécanicien puis comme maçon. Mobilisé en 1942 dans l'infanterie coloniale, il se bat en Afrique, puis en Europe quand la colonie devient gaulliste. En 1948, il s'embarque clandestinement pour la France, devient docker pendant dix ans à Marseille, adhère à la C.G.T. et au Parti communiste dont il suit les cours. Responsable syndical, il participe à la grève qui bloque durant trois mois les envois d'armes destinées à la guerre d'Indochine. Parallèlement, il s'intéresse à la littérature négro-africaine. Ainsi son premier roman, Le Docker noir (1956) sera-t-il basé sur ses propres expériences d'immigré. Il voyage (Danemark, U.R.S.S., Chine, Vietnam) et publie deux autres romans : Ô Pays, mon beau peuple (1957), qui raconte comment un vétéran, revenu dans son villag […]
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