La Moire, ou Moïra n'a pas de visage : elle est le Destin de chacun, la « part » (moros, moïra) dispensée à chaque homme, le lot qui lui est échu. Ses décrets, qui touchent à la sphère biologique de l'existence (naissance, mariage et mort), sont inflexibles (atropos) et les dieux, qui pourtant peuvent tout et sont parfois tentés de passer outre, s'inclinent, désertant leurs plus chers protégés : ainsi, Zeus lui-même n'hésite-t-il que très brièvement à abandonner Sarpédon, le fils chéri que lui a donné Europe (L'Iliade, XVI, 433 sqq.), au funeste destin qui l'attend dans le combat qui va l'opposer à Patrocle, se contentant de répandre en son honneur une averse de sang sur la terre troyenne ; de même Apollon cesse-t-il de seconder Hector, laissant à Athéna, protectrice d'Achille, le soin d'exécuter l'irrévocable sentence de Moïra. Ainsi, contrairement à ce que semblent suggérer des expressions fréquemment prêtées aux héros, telles que : « la Moire m'attaque », celle-ci n'est pas une puissance ; ou si elle en est une, elle ne l'est que négativement. Entendons par là qu'elle dispense une mesure de vie sans intervenir au niveau des actions par lesq […]
