De Maurice Utrillo, peintre paysagiste français de l'école de Paris, la légende populaire et quelques biographes trop zélés ont fait un peintre maudit. En sacrifiant à la description d'une vie que la peinture sauva de la pire déchéance, on risque de ne pas accorder toute l'attention qu'elle mérite à une œuvre extrêmement abondante, limitée dans son propos, mais d'une incontestable originalité pendant les dix premières années. Pour peindre ses thèmes favoris, la ville et la banlieue, Utrillo déploie toutes les ressources d'un talent de coloriste qui le situe dans la lignée de Corot, et dont il se sert pour créer un univers d'une poésie toute personnelle, d'une obsédante mélancolie.
Né à Paris de père inconnu, Maurice Utrillo porte le nom d'un critique d'art espagnol, Miguel Utrillo, qui l'adopta en 1891. Sa mère, Suzanne Valadon (1867-1938), acrobate de cirque, modèle, femme libre aux amours tumultueuses, est un des peintres importants du début du xxe siècle. La fatalité de l'alcoolisme qui pesa si lourdement sur le destin d'Utrillo se manifeste, en 1900, par une crise aiguë qui justifie la première […]
