L'écrivain brésilien Mário de Andrade a été l'artisan d'une ample réinterprétation de la culture de son pays, culture qu'il a contribué à renouveler en profondeur. Poète, romancier, musicologue, folkloriste, critique d'art, épistolier, collectionneur, il est devenu non seulement la conscience d'une génération clef, celle des modernistes, mais aussi une référence fondatrice pour les générations suivantes.
En 1917, inspirée par la Grande Guerre, paraît une plaquette dans le goût parnassien dont le titre dit assez la visée symboliste : Ha uma gota de sangue em cada poema (Il y a une goutte de sang dans chaque poème). Puis viennent les poèmes « futuristes » qui provoquent un esclandre en 1922, quelque temps avant la Semaine d'art moderne. Mário de Andrade est l'un des animateurs de ces manifestations fracassantes qui, un siècle après l'indépendance politique du pays, scellent la rupture avec sa dépendance culturelle à l'égard des modèles européens. S'il emprunte des voies nouvelles, Mário de Andrade tient à se démarquer de Marinetti, car il est en quête de « brésilianité ». Paulicéia Desvairada, 1922 (S ao Paulo hallucinée) va inaugurer une audacieuse incorporation de la langue populaire en procédant à un collage des langues des nombreux immigrés de S ao Paulo, dans un vers où la liberté de la forme exprime une attitude de déstructuration du réel. Losango cáqui (1926) et Cl a do Jabuti (1927) se situent dans une même lignée de renouvellement poétique, simultanéiste et elliptique, dont l'écrivain avait élaboré la théorie dans A Escrava que n ao é Isaura (1925).
Progressivement, Mário de Andrade prend ses distances par rapport à l'agressivité des moyens esthétiques mis en œuvre durant la phase polémique du modernisme. L'intériorisation change le ton et assagit la métrique de Remate de males (1930). La révolution que l'écrivain est en train d'opérer s'avère autrement plus existentielle qu'auparavant : il s'identifie aux éléments propres aux terroirs et au peuple du Brésil, à la magie de ses fleuves […]
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