Enfant de Recife (Pernambouc), Bandeira a traversé les divers moments de l'évolution poétique brésilienne sans sacrifier une veine lyrique et une musicalité sensuelle qui en ont fait le poète brésilien par excellence. Dans ses mémoires, Itinéraire vers Pasargada (1954), il avoue qu'étant tuberculeux à une époque où cette maladie était sans remède, la poésie était devenue pour lui une « fatalité ». Ce qu'il ne pouvait vivre, il a su le rêver en poésie.
Très jeune, Bandeira s'exprimait avec élégance en respectant les règles de la métrique classique. Poète musical (et musicien à ses heures perdues), il choisit le vers libre comme une conquête. Durant un séjour au sanatorium de Clavadel, en Suisse, à la veille de la Grande Guerre, il devient l'ami du futur Paul Eluard. Son premier recueil poétique, Les Cendres des heures (1917), est imprégné par la mélancolie due à la maladie et aux deuils familiaux. La lecture des poètes crépusculaires italiens l'a ancré dans un scepticisme quelque peu décadent. Mais dès 1919, le ton change avec Carnaval. Bandeira adopte un registre de langue plus populaire et inaugure une révolution esthétique moderniste dont il sera « le saint Jean-Baptiste » (Mário de Andrade). Les jeunes créateurs de la Semaine d'art moderne de 1922 liront son poème « Les Crapauds » sans que cette réappropriation empêche Bandeira de rester fidèle à son lyrisme personnel. Avec Rythme dissolu (1924), on le voit tiraillé entre la tradition poétique savante et la fascination pour la richesse du monde réel. Mais sa vraie rupture avec le « lyrisme rangé » se consommera dans le recueil Libertinage (1930). Après cette cristallisation de sa manière, il multiplie ses sources d'inspiration et puise notamment dans le folklore noir (Étoile du matin, 1936).
Bandeira atteint une philosophie pratique et sans prétentions, proche de la sagesse, dans sa Lyre de cinquante ans. Il est élu à l'Académie brésilienne en 1940. Ses activités se sont multipliées au fil des années : professeur de littérature, cri […]
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