Lucien Clergue offre l'exemple relativement rare d'un photographe que même le succès n'a jamais longtemps éloigné de sa ville natale. À dix ans, il voit la maison familiale d'Arles disparaître dans un bombardement, et c'est dans les ruines de ce quartier qu'il prendra, en 1955, plus d'un millier de clichés de saltimbanques dont il a lui-même dessiné et réalisé les costumes. Ce qui pourrait paraître le comble de l'artifice lui sert à renouer avec un folklore dont il se sent physiquement proche, et il suscite l'admiration de Picasso, dont il a exécuté un certain nombre de curieux instantanés. Picasso à qui il a consacré un ouvrage, Picasso mon ami (1993). Hanté par la mort (Eros and Thanatos, 1985), qui lui inspire plusieurs séries consacrées aux aspects les plus cruels de la tauromachie (1960-1970), il l'est aussi par la femme, qu'il évoque indissolublement liée à l'écume marine dans ses albums : Corps mémorable, sur un poème d'Eluard (1957), Naissances d'Aphrodites (1963), Née de la vague (1968). Lucien Clergue, enfin, est le fondateur en 1970 des Rencontres internationales de la photographie, qui se déroulent chaque année en Arles.</ […]
