2. Constantes et dominantes
Janáček avait les qualités et les défauts de l'autodidacte d'exception : humble, mais volontaire jusqu'à l'agressivité ; modeste, mais sûr de sa cause ; timide, sauvage, mais tranchant. Au physique, ces traits de caractère se lisaient dans des yeux vifs, étincelants, que dominait une chevelure argentée.
Dans ses rapports avec la société, certaines options de l'homme et de l'artiste – toujours accordés chez Janáček – retiennent l'attention. Des données politiques de l'époque (une effervescence patriotique de plus en plus vive qui aboutit en 1918 à l'émancipation nationale) Janáček tient un nationalisme progressiste. À quoi s'ajoute une attirance naturelle vers le « slavisme », attirance qui lui vaut l'hostilité des partisans de Bedřich Smetana. En raison de ses origines et de ses débuts difficiles, il ressentit vivement l'injustice sociale et acquit un sens aigu du droit civique et de la démocratie politique.
Il tient de naissance et du pays de son enfance le goût de la nature qui le conduira à l'étude des chants populaires, principalement ceux de sa Moravie natale. Son attrait pour la philologie (il obtint son diplôme à l'école normale d'instituteurs dans cette discipline) le mène à élaborer ses théories sur la « musique du langage ».
Le sens de la nature marque cependant son tempérament et sa conduite d'une empreinte plus profonde encore. Se déclarant lui-même incroyant (en réalité, il est agnostique), il voit en la nature la motivation de toute chose et le recours suprême. C'est elle et son renouvellement perpétuel qui justifient à ses yeux le culte irréfragable de la jeunesse, conception qui explique son penchant pour un érotisme idéalisé au sein d'un panthéisme à la fois réaliste et poétique.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



