La publication de l'hebdomadaire Le Rire, où la place des illustrations en noir et en couleurs l'emporte sur celle des textes, marque, dans l'histoire du journalisme humoristique, le passage définitif du stade artisanal au stade industriel. Les fondateurs savent utiliser toutes les ressources de la photogravure pour donner à leur journal une présentation attrayante et variée. La facilité avec laquelle les œuvres peuvent être reproduites va, dans une certaine mesure, favoriser la médiocrité. Pourtant, Le Rire révélera nombre de caricaturistes de talent. Il peut s'enorgueillir de compter, parmi ses premiers collaborateurs — et certains lui resteront fidèles tout au long de leur carrière — Toulouse-Lautrec, Forain, Willette, Caran d'Ache, Charles Léandre. Il lance des dessinateurs satiriques comme Roubille, Grandjouan et d'autres, plus « parisiens », qui lui donnent une certaine réputation de grivoiserie : Albert Guillaume, Abel Faivre, Ferdinand Bac.
La critique politique n'est pas absente du journal mais reste dans des limites « raisonnables » et s'appuie volontiers sur le sentiment de la majorité : antisémite lors de l'affaire Dreyfus (Le Rire es […]
