La publication de l'hebdomadaire Le Rire, où la place des illustrations en noir et en couleurs l'emporte sur celle des textes, marque, dans l'histoire du journalisme humoristique, le passage définitif du stade artisanal au stade industriel. Les fondateurs savent utiliser toutes les ressources de la photogravure pour donner à leur journal une présentation attrayante et variée. La facilité avec laquelle les œuvres peuvent être reproduites va, dans une certaine mesure, favoriser la médiocrité. Pourtant, Le Rire révélera nombre de caricaturistes de talent. Il peut s'enorgueillir de compter, parmi ses premiers collaborateurs — et certains lui resteront fidèles tout au long de leur carrière — Toulouse-Lautrec, Forain, Willette, Caran d'Ache, Charles Léandre. Il lance des dessinateurs satiriques comme Roubille, Grandjouan et d'autres, plus « parisiens », qui lui donnent une certaine réputation de grivoiserie : Albert Guillaume, Abel Faivre, Ferdinand Bac.
La critique politique n'est pas absente du journal mais reste dans des limites « raisonnables » et s'appuie volontiers sur le sentiment de la majorité : antisémite lors de l'affaire Dreyfus (Le Rire est né l'année même de son déclenchement), anti-allemand comme tous ses confrères, anti-anglais parce que la « perfide Albion » contrecarre les projets africains et européens de la France, il devient vite très populaire. En 1901, Le Rire publie deux numéros spéciaux : V'lâ les English, signé de Willette ; Kruger le grand et John Bull le petit, signé de Caran d'Ache, dans lesquels les Anglais sont accusés d'exactions qui seront, quelques années plus tard, prêtées aux Allemands. Les Russes ne sont pas épargnés. La visite que rend le président Fallières au tsar est l'occasion de donner des « cosaques » une image peu flatteuse.
Quelques-uns des artistes employés par Le Rire introduisent des audaces qui ne sont pas monnaie courante dans la caricature : Paul Iribe, Roubille, Cappiello, par un graphisme simplifié, cernent de vastes surfaces vides de tout détail, […]
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