Une affaire de rendez-vous manqué : entre la marquise et son bel aviateur, entre la contrainte sociale et la liberté amoureuse, entre le film et son public. Ce n'est pas la faute de Renoir (1894-1979), et l'on peut bien penser, avec Truffaut, qu'« aucun autre cinéaste n'a mis autant, et le meilleur de lui-même, dans un film », mais ni la critique ni les spectateurs de 1939 ne reconnurent, dans La Règle du jeu, le Renoir qu'ils attendaient. Le cinéaste était déroutant, capable de passer des pitreries de Boudu sauvé des eaux (1932) et des borborygmes d'On purge bébé (1931) à l'engagement « front populaire » de La Vie est à nous (1936) et au naturalisme de La Bête humaine (1938) ; mais il restait sur un succès incontesté, avec le message consensuel de La Grande Illusion (1937). On espérait donc un film grave, actuel : on eut un film sans message, apparemment tourné vers le passé – terrible radiographie de son temps, mais déguisée en pochade désinvolte. Le malentendu était inévitable.
1. Le jeu de l'amour, du hasard et de la tricherie
Le marquis de la Cheyniest trompe sa jeune épouse, Christine, avec une femme élégante, Geneviève (Mila Parély). De son côté, Christine est amoureuse de l'aviateur André Jurieux – qui, pour elle, vient de battre le record de la traversée de l'Atlantique – mais elle ne veut pas mettre en péril son mariage. Au cours d'une semaine de chasse dans la propriété du couple, en Sologne, Christine découvre que ce mariage est en partie une façade, et que tous leurs amis sont au courant de la liaison de son mari. Elle envisage alors de partir avec Jurieux, mais celui-ci, respectueux des convenances, refuse de l'enlever. Une intrigue parallèle, entre le garde-chasse jaloux, son épouse, la femme de chambre, et un autre domestique, Marceau, aboutit, au terme d'une soirée de fête qui est une soirée de dupes, au meurtre de Jurieux par le garde-chasse, lequel pense abattre Marceau. Soudés par leur conscience de classe, tous s'accordent pour ne voir là qu'un accident, et tout reprend comme avant.
2. Une al […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



