Couramment rangé parmi les épigones des grandes philosophies de Fichte et de Schelling, Krause, qui ne réussit jamais à obtenir en Allemagne les postes universitaires qu'il convoitait, ni à s'y imposer de quelque façon, connut en Espagne, par son œuvre, un succès étonnant dans la seconde moitié du xixe siècle. Il y fut introduit par Julian Sanz del Rio, qui, se rendant en Allemagne, avait rencontré un disciple belge du philosophe, Guillaume Tiberghien (Exposition du système de Krause, Bruxelles, 1844 ; Théorie de l'infini, 1846 ; Les Commandements de l'humanité, 1872). Ainsi Krause, qui, autour de 1808, avait vu en Napoléon l'homme capable de réaliser son idéal d'une « ligue de l'humanité », devint-il le maître à penser de toute une génération d'intellectuels espagnols soucieux de l'évolution de leur pays (P. Jobit, Les Éducateurs de l'Espagne moderne, Paris, 1936). Mais l'esprit krausien se retrouve aussi dans l'anarchie de Proudhon, avec laquelle il a beaucoup de ressemblances. L'abondante production du penseur allemand n'a d'ailleurs cessé, depuis ses premiers disciples von Leonhardi et Ahrens, de faire l'objet de public […]
