Le conteur et romancier argentin Julio Cortázar est un franc-tireur de la littérature. Cas complexe et personnel d'insurrection permanente contre les lieux communs, la passivité d'esprit, il rend vie au verbe en créant son propre langage. Son humour subtil, destructeur, sa vision dramatique de l'homme moderne, son inquiétude ontologique alliée à une observation aiguë du quotidien créent des contes originaux, un roman mouvementé et métaphysique. Ses fictions traitent les problèmes de l'homme américain actuel, et les placent sur un plan universel. Devançant tous ses contemporains d'Amérique latine dans le risque et l'innovation, il échappe à toute nomenclature et offre, selon le jugement d'un critique américain, « la plus puissante encyclopédie d'émotions et de visions qui émerge de la génération d'écrivains internationaux d'après-guerre ».
1. Une curiosité universelle
Né à Bruxelles en 1914, instituteur, puis professeur d'enseignement secondaire dans la province argentine, Cortázar renonce, par antipéronisme, à une chaire universitaire, s'occupe ensuite de la Chambre argentine du livre à Buenos Aires, puis termine en un temps record ses études de traducteur, et s'installe à Paris en 1952. Il a travaillé pour l'U.N.E.S.C.O. et a voyagé dans le monde entier.
Parmi les maîtres de la littérature fantastique, Borges et Horacio Quiroga n'ont exercé sur lui qu'une influence superficielle. Ceux qui l'ont le plus fortement marqué sont des Européens : Cocteau, Apollinaire, Radiguet, les surréalistes, et surtout Jarry, chez qui il trouve l'emploi de l'humour comme instrument d'investigation. De plus, lecteur avide d'œuvres d'anthropologie et de religion tibétaine, Cortázar possède une connaissance approfondie du bouddhisme zen et du vedānta.
2. Un conteur original
Si Cortázar a écrit des vers, donné un poème dramatique : Les Rois (Los Reyes), des études sur Keats et Poe, des traductions et de nombreux articles, il s'est d'abord fait connaître comme conteur.
Bestiaire (Bestiario), paru à Buenos Ai […]
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