« Courage, Green ! Votre œuvre est bonne. » En 1926, Georges Bernanos, dont Sous le soleil de Satan venait d'assurer la notoriété, tenait, par cet encouragement paru dans Les Nouvelles littéraires, à faire connaître le premier roman d'un débutant, Mont-Cinère, qu'il trouvait « marqué du signe de la vérité ». En 1998, le même Green est mort connu et reconnu, après une suite d'œuvres impressionnante. D'exceptionnelles consécrations ont accompagné son parcours : il fut le premier étranger à entrer à l'Académie française, où il succéda à Mauriac en 1972 ; la même année, commença la publication de ses Œuvres complètes dans la Bibliothèque de la Pléiade ; il est, de plus, le seul écrivain à avoir vu paraître l'album annuel sur lui-même que cette prestigieuse collection consacre à un de ses auteurs et à avoir pu y collaborer, quelques mois avant sa mort.
1. Une œuvre protéiforme
Que de données complexes déterminent la trajectoire de Julien Green ! Américain ? Oui, mais né, en 1900, à Paris, où s'étaient fixés ses parents, loin du Sud, marqués par la défaite de la guerre de Sécession, patrie perdue dont ils transmirent le culte à leurs nombreux enfants, surtout peut-être au petit Julien, le benjamin. Écrivain français ? Oui encore, et des plus grands, mais resté citoyen américain, bien qu'il n'ait vécu loin de Paris, sa patrie de naissance et de langue, que pendant huit ans : trois années, passées à l'université de Virginie, offertes par un de ses oncles, de 1919 à 1922, puis cinq années d'attente et d'angoisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans sa vie morale et spirituelle également, Green fut voué aux partages et aux divisions, aux dépassements et aux conciliations. Élevé dans la religion anglicane par une mère fervente, il se convertit au catholicisme quelques mois après la mort de celle-ci, survenue en décembre 1914. Après un premier livre ardent, Pamphlet contre les catholiques de France (1924), il renonça aux pratiques religieuses, dont le détournaient des hantises c […]
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