2. Le tempérament d'un révolté
La révolte est tellement fondamentale chez Vallès qu'on a pu l'identifier à elle. Pourtant, ce révolté n'a rien de maladif. Il éclate au contraire de santé et de vitalité, il a de la fougue, le goût de la prouesse physique et son style a du muscle.
Vallès n'est pas non plus un intellectuel. L'attitude d'opposition, l'action révolutionnaire ne prennent pas appui sur une analyse économique ou politique : elles sont élan du cœur et répondent à un besoin de solidarité, de liberté, de chaleur humaine et de spontanéité que son éducation n'a pas permis de satisfaire. Il se méfie des doctrines et des doctrinaires, encore plus des dogmatiques et des pédants : sa révolte est instinctive, généreuse et globale. Seul Proudhon l'a marqué, encore n'en a-t-il retenu que ce qui va dans le sens de ses propres exigences. Parce qu'il ne s'embarrasse pas de théorie et refuse l'abstraction, il a le goût du concret et du naturel : la fréquence des images tirées de l'expérience quotidienne et des thèmes en rapport avec elle, l'importance des sensations dans son œuvre révèlent une extrême sensibilité à l'aspect extérieur des choses et des êtres, à la présence du monde et à sa saveur. La référence au concret permet d'heureux effets de décalage et sert à la démystification du verbalisme et de l'enflure. C'est une des formes privilégiées de l'humour vallésien qui ne perd jamais ses droits, même dans les moments dramatiques, mais qui n'est pas séparable de la passion.
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