2. Du long exil au retour à la présidence
Conspirations et putsch ratés aboutissent à un soulèvement suffisamment important de la marine et de certaines unités militaires pour que Perón préfère s'exiler sans combattre le 20 septembre 1955. Cette « libération » de l'Argentine prend vite l'allure d'une revanche de l'oligarchie sur les masses ouvrières désormais coupées du pouvoir, que celui-ci revête des formes démocratiques constitutionnelles, de 1958 à 1966, ou qu'il soit une dictature militaire, entre 1955 et 1958 et de 1966 à 1973. Dans un premier temps, Perón croit à la possibilité d'un contre-pusch qui le ramènerait rapidement au pouvoir ; il erre, en attendant, de dictature en dictature : le Paraguay de Stroessner, le Nicaragua de Somoza (après une escale à Panamá où il est séduit par une danseuse argentine de vingt-cinq ans, Isabel Martinez, qui devient sa secrétaire, puis sera sa femme en 1961 et, finalement la présidente du pays le 1er juillet 1974), le Venezuela de Pérez Jiménez de 1956 à 1958, la république Dominicaine de Trujillo et finalement le Madrid de Franco, où il s'installe en janvier 1960.
Désormais, Perón tisse sa toile avec prudence et patience, dessinant une ample stratégie de convergence nationale qui le verrait revenir au pouvoir, porté par la vague populaire et le chœur des formations politiques naguère les plus acharnées à sa perte. Remarquablement renseigné, habile à mettre de nombreux fers au feu et à user les hommes sans jamais rompre totalement, il fait de sa résidence madrilène le quartier général de la politique argentine. Mais cette stratégie à long terme, qui répond à l'ambition née sur ses vieux jours de passer à la postérité comme le sauveur de sa patrie, et non comme un dictateur chassé ou ramené au pouvoir au gré de putschs militaires, est mal comprise et mal admise des péronistes de la base. Aussi Perón effectue-t-il une tentative de retour en décembre 1964, que l'armée brésilienne interrompt à son escale à Rio.
En définitive, c'est […]
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