Observateur taquin des petits travers qui sont nos luxes quotidiens, Sempé a su imposer un style graphique à la fois dépouillé et très expressif. Le dessin d'humour au trait lui a certes apporté la célébrité, mais l'aquarelle semble caractériser désormais l'ensemble de son œuvre. En 1951 paraissent ses premiers dessins, signés Drô, dans Sud-Ouest Dimanche ; ils lui vaudront le prix Carrizey en 1952. De Chaval et de Bosc, dont il appréciait la ligne dépouillée, il sut retenir l'innocence du geste, le commentaire inattendu. Pourtant, c'est peut-être sa rencontre avec René Goscinny qui fut à bien des égards la plus décisive pour donner un ton nouveau au dessin d'humour français ; Le Petit Nicolas, ce contemporain d'Astérix, associa les deux hommes au fil de cinq albums parus de 1960 à 1964. Parallèlement, les premiers recueils de Sempé affichent leur filiation avec l'inspiration désarmante d'un regard enfantin sur le monde : Rien n'est simple (1962), Tout se complique (1963), Sauve qui peut (1964) et Monsieur Lambert (1965). Avec ce dernier titre, un nouveau type social est né, cousin du petit bourgeois à chapeau, pardessus et parapluie : « J'ai faim, j'ai froid et je veux de l'amour », annonce celui-ci à celle qui partage son douillet domicile. Autour des années 1970, l'apogée de la société de consommation fut l'occasion pour Sempé de montrer les incohérences et les excès de celle-ci. Si le trait a très vite défini le style graphique de l'humoriste, la couleur a su pénétrer cet univers en l'enrichissant d'une subtilité esthétique délicate. Au fil des albums, les jeux de l'image et de la légende – long commentaire ou formule lapidaire – ont été soigneusement explorés. Plus de cinquante titres de presse ont accueilli les dessins de Sempé, dont Noir et Blanc (1951-1954), Paris-Match (1957-1967 et 1989), L'Express (1965-1973), et vingt-quatre albums ont été publiés en France comme à l'étranger. En accédant, dès 1978, à l'illustration des couvertures du New Yorker, Sempé franchit une étape, non seul […]
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