Le pop art, dont les artistes les plus connus sont Lichtenstein, Wesselman, Warhol, Dine et Rosenquist, est un phénomène explicitement américain. La manifestation de cette forme d'art, apparue vers 1960, plonge ses racines dans le contexte socio-économique des États-Unis et plus particulièrement dans la grande mythologie figurative créée par les mass media. L'artiste pop se contente d'observer et de reproduire, en élaborant les signes, les messages visuels et les objets que la société de consommation propose au public. Son art se veut souvent un constat froid, d'autant plus « critique » que tout parti pris expressément idéologique semble banni.
Au sein du pop art coexistent cependant plusieurs tendances, et celle de James Rosenquist paraît presque traditionnelle, car elle se fonde sur une figuration de caractère surréaliste. Plus tributaire que d'autres de l'héritage de Magritte et de Dalí, Rosenquist nous propose des images-collages découpées selon un procédé cinématographique proche de celui des écrans multiples. Ses compositions sont peintes sur des toiles de très grandes dimensions, descendantes ironiques de la peinture de Salon et de l'image publicitaire qui prolifère dans l'espace urbain américain. Rosenquist puise ses sources dans un langage déjà élaboré, celui des magazines et des affiches publicitaires, et il le déforme pour obtenir un second langage, métalangage onirique et dépaysant caché derrière les signes identifiables de la réalité. Ces œuvres, qui se déploient sur des surfaces imposantes, donnent l'impression de ne pas être enfermées dans un champ visuel délimité. Elles exhibent toutes leurs richesses de combinaisons d'images associées, dissociées, juxtaposées, anatomie d'une figuration qui pourrait s'étendre à l'infini.
F 111 (1965, coll. part., New York) illustre parfaitement les visées du peintre. Ce panneau mural de vingt-cinq mètres est un commentaire accusateur dans lequel s'entassent les machines de guerre et les objets usuels d'une société dont les tendances impérialistes ne fo […]
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