Devant le monde contemporain, Jacques Monory a décidé d'adopter, en tant que peintre, l'attitude d'un rêveur éveillé. Sa peinture saisit les images de la grande ville, Paris ou New York, et les plonge dans un espace chromatique si particulier que les portes, les fenêtres, les couloirs, les ascenseurs, les barrières, les routes parlent d'abord de son aventure individuelle dans le monde, des femmes qu'il a aimées, des voyages qu'il fait en Arizona ou ailleurs, des peurs qu'il a subies ou de ses nostalgies. Pour faire coïncider le monde extérieur avec sa vision, et avec elle seule, Monory prend lui-même les photos qui serviront à la composition de ses tableaux. Ainsi ces photos sont-elles déjà des œuvres de Monory, avant même qu'il n'en tire lui-même le thème et les figures de ses tableaux. Le fond monochrome bleu dans lequel il les a fait baigner depuis le début des années 1960 jusqu'en 1978 exigeait un dosage particulier d'ombres et de lumières, des contrastes forts. Ce bleu nocturne, ou crépusculaire, investissait toutes choses et les maintenait dans l'espace d'une même pensée, d'un même rêve autobiographique. Monory peignait les chambres où l'on attend, les rues où l'on cherche […]
