C'est Jacint Verdaguer qui a rendu à la langue catalane, quasi muette depuis de longs siècles dans la littérature, étouffée par le centralisme de la monarchie, la place prééminente qui avait été la sienne jusqu'au xve siècle. Et cela grâce à l'heureuse conjonction d'une solide culture humaniste et de racines paysannes qui lui permettaient de puiser dans le terreau ancestral toute la richesse linguistique que les habitants des grandes villes, de Barcelone notamment, avaient perdue. En fait, elle était comme enfouie, cette richesse, dans l'inconscient collectif, et, quand ce génial sourcier la fait jaillir à nouveau, les gens ont l'impression de retrouvailles longtemps espérées et réservent au messager un accueil triomphal. Certes, il a une puissante imagination visionnaire, et on l'a comparé souvent à Victor Hugo dans la démesure ; certes, il a tout chanté de sa patrie : les paysages, les saisons, les villes et les campagnes, le dur travail des hommes et leurs joies simples, les légendes et l'histoire ; mais, pour les Catalans, il est avant tout celui qui a redonné sa dignité à une langue : après Verdaguer, tout paraît en effet possible, et tout a été possible.
Fils de paysans pauvres de la région de Vich, dans la province de Barcelone, le petit Jacint entre à l'âge de onze ans au séminaire. Tout en faisant ses études, il aide aux travaux des champs dans une ferme pour gagner quelque argent. Cela le maintient en contact avec la nature et avec le milieu rural ; il saura se souvenir plus tard de cette langue populaire qu'il entend, et qui est tellement plus riche et moins abâtardie que celle de Barcelone.
Au séminaire, il reçoit une solide formation classique, à laquelle vient s'ajouter l'influence du mouvement romantique qui règne encore sur une partie des lettres catalanes au moment où il présente ses premiers poèmes aux jeux Floraux en 1865. Deux de ses compositions : Els Minyons d'En Veciana (Les Garçons de Veciana) et À la mort d'En Rafael de Casanova reçoivent des accessits, ce qu […]
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