La chambre d'isolement est une chambre fermée à clé destinée à contenir les manifestations auto- ou hétéro-agressives de personnes hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement. Telle qu'elle est utilisée en France, elle pose trois séries de problèmes : des problèmes éthiques qui interrogent le droit et le respect des libertés fondamentales, des problèmes cliniques qui impliquent de poser des indications à bon escient et surtout d'en apprécier l'aspect thérapeutique, et des problèmes pratiques qui supposent l'aménagement d'un lieu spécifique et la création de procédures explicites permettant de concilier nécessités de sécurité, nécessités cliniques et respect des libertés.
Si la mise en chambre d'isolement (M.C.I.) a été pendant longtemps absente de la littérature psychiatrique, il n'en va plus de même aujourd'hui. La publication, en juin 1998, de L'Audit clinique appliqué à l'utilisation des chambres d'isolement en psychiatrie par l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (A.N.A.E.S.) a constitué un tournant dans l'histoire des pratiques. Le sujet était reconnu comme suffisamment important pour que l'agence d'État s'y intéresse et détermine vingt-trois critères de qualité.
1. Origine de la question
L'utilisation de l'isolement et de la contention mécanique comme moyen de maîtrise des malades mentaux agités et violents existe depuis l'origine du traitement des maladies mentales. Dès l'Antiquité, des écrits font allusion à la nécessité d'exercer un contrôle physique sur les personnes agitées. Soranos d'Éphèse s'opposait à Celse, qui estimait qu'un traitement brutal avait pour effet de faire sortir, par la peur, le malade de sa maladie. Dans ce but, Celse enchaînait ses malades, les affamait, les isolait dans une obscurité complète et leur administrait des purgatifs. Soranos, lui, recommandait de parler avec le malade de ses occupations ou de tout autre sujet susceptible de l'intéresser.
Cet antagonisme entre Soranos et Celse, entre contrainte et douce […]
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