Pour les lecteurs contemporains, Lesage n'est pas, comme l'abbé Prévost avec Manon Lescaut ou Bernardin de Saint-Pierre avec Paul et Virginie, l'homme d'un seul livre, Gil Blas. Turcaret surtout, mais aussi Le Diable boiteux ont un public, des lecteurs. Mais le héros, ici, tend à éclipser l'auteur. À quoi tient finalement la fortune de ce gros roman ? Au « pittoresque » des aventures racontées ? À la figure du personnage éponyme, si changeante, si labile que Sainte-Beuve a pu dire : « Gil Blas, c'est vous, c'est moi, c'est tout le monde » ?
La publication de L'Histoire de Gil Blas de Santillane a accompagné la vie de Lesage pendant vingt ans ; car Alain-René Lesage (1668-1747) en fournit trois livraisons : 1715 pour les deux premiers tomes (livres I à VI), 1724 pour le troisième (livres VII à IX), 1735 pour le quatrième (livres X à XII). Si l'on peut voir là autant une expression du succès de l'ouvrage que celle de la nécessité où se trouvait l'auteur, écrivain de métier, de gagner sa vie, il est vrai que le rythme s'assagit au fil des tomes. Après le roman […]
