Écrivain de métier, Alain-René Lesage a laissé une œuvre dramatique et romanesque importante, qui ne représente qu'une part sans doute de ses activités littéraires. Il a – comme en d'autres temps Cervantès, Tolstoï, Proust – résumé et réinterprété une tradition séculaire. La richesse de la matière espagnole et méditerranéenne, l'ironie mesurée, à la française, pérennisent son chef-d'œuvre, l'Histoire de Gil Blas de Santillane.
1. Un écrivain de métier
La volonté de vivre honorablement de sa plume situe Lesage parmi ses contemporains entre E. Lenoble, J. B. Mailly, folliculaires gagés qui écrivaient indifféremment d'amour, de politique ou de religion, et Crébillon père, F. Gâcon, A. Danchet, poètes membres de diverses académies, qui pratiquaient les grands genres.
Né à Sarzeau (Morbihan) d'une famille de petits officiers royaux, il se fixe à Paris vers 1690 ; d'abord avocat, il devient secrétaire de l'abbé de Lyonne (fils de l'ancien ministre des Affaires étrangères), qui lui assure jusque vers 1721 une modeste pension de 600 livres par an. Marié en 1694, il a une fille et trois fils : deux, comédiens malgré leur père ; le plus jeune, chanoine, chez qui il meurt à Boulogne-sur-Mer.
Très parisien, lié au parti des Modernes, indépendant de tempérament mais protégé du pouvoir, isolé toutefois par une surdité précoce, il deviendra conformiste avec l'âge. Ses charges de famille, inhabituelles dans la république des lettres, ont pu contribuer à orienter sa carrière dans le sens de la prudence morale et de l'audace littéraire.
Il se cherche dans le roman puis dans le théâtre. Les Lettres galantes (1695), librement traduites du maniériste grec Aristénète, passèrent inaperçues. Le Théâtre espagnol (1700), qui contenait une pièce de Francisco de Rojas et une de Lope de Vega, eut le même sort. Les Nouvelles Aventures de l'admirable Don Quichotte de la Manche (1704) furent mieux accueillies : elles reprenaient la suite (publiée en 1614, sous le pseudonyme d'Avellaneda) de la première partie du roman de Cervantès. Lesage […]
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