Compositeur, théoricien et explorateur inlassable de l'univers des sons, Henry Cowell est l'une des personnalités les plus marquantes de la musique américaine du xxe siècle, aux côtés de Carl Ruggles (1876-1971), de George Antheil (1900-1959) et de Harry Partch (1901-1976), protagonistes de la première avant-garde américaine, avec lesquels il partage l'éclectisme de la pensée, la réflexion expérimentale et la puissance novatrice. S'affranchissant dès son plus jeune âge de la tradition occidentale, osant, un des premiers, une synthèse entre celle-ci et les musiques extra-européennes, Cowell a manifesté une liberté totale à l'égard de la composition : en s'intéressant au son en lui-même, il a ouvert la voie aux musiques expérimentales. Son parcours compositionnel est en effet tout à fait original. Très vite, dès ses premières créations des années 1910, il flirte avec l'atonalité – sans avoir connaissance de ce qui s'est accompli en Europe dans ce domaine – et met au point les clusters pianistiques. Vierge de toute tradition, Cowell pratique dès les années 1920 la dissonance diatonique la plus agressive, alors que de nombreux compositeurs européens sont encore marqués par l'héritage du postromantisme ou du néo-classicisme. Avant John Cage – dont il sera un des professeurs –, il expérimente le « piano préparé ». Les quatuors à cordes Mosaic (1935) ou United (1936), qui font scandales en leur temps, innovent dans bien des domaines : on y trouve de nombreux effets nouveaux et insolites, comme des glissandos (une vingtaine d'années avant Iannis Xenakis ou Karlheinz Stockhausen) ou des superpositions rythmiques d'une très grande complexité, notamment dans la valse à 5/8 de Mosaic ; de plus, avec ses « réservoirs de musique » dans lesquels les interprètes puisent à leur guise, ce dernier quatuor anticipe les musiques aléatoires.
1. Novateur et provocateur
Henry Dixon Cowell naît le 11 mars 1897 à Menlo Park, près de San Francisco (Californie). Enfant d'une étonnante précocité, il commence […]
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