Le groupe TSE vient à Paris en 1968. C'est un groupe d'Argentins en exil, nés dans le même quartier de Buenos Aires, ayant connu au lycée la même éducation européenne, ayant subi au dehors le même « matraquage culturel » américain à travers la télévision, le cinéma et le Coca-Cola. Le groupe s'est formé en 1966 autour d'Alfredo Rodríguez Arias (né en 1944), et appartient au milieu d'avant-garde qui, pendant une brève période de libéralisme relatif, bouillonne, sur le modèle new-yorkais, dans les galeries d'art, mêlant peinture, sculpture, musique, danse et théâtre.
La censure arrête le mouvement. Le groupe TSE arrive à Paris avec un répertoire constitué, trouve à donner quelques représentations quasi « clandestines » au musée d'Art moderne, à l'Épée de Bois. Quand on a la chance de les voir, on est ébloui par leur extrême professionnalisme, et l'ironie hautaine avec laquelle ils appliquent leurs grilles d'analyse au divertissement à l'américaine (Goddess), au roman (Dracula) ou à la bande dessinée moderniste (Aventura et Futuras). Ils explorent la culture dite « mineure », en dégagent les codes et les retranscrivent en évacuant toute émo […]
