Les deux faces antithétiques de la personnalité de tendance schizoïdique – introversion marquée, mais aussi recherche d'appartenance à une communauté – dictèrent à Franz Grillparzer, considéré aujourd'hui comme le plus grand dramaturge autrichien, une œuvre diverse où s'opposent, apparemment, des « drames à l'antique » (problèmes du bonheur personnel) et des « drames historiques » (problèmes du règne et de l'action). Ses heurts avec une censure particulièrement mesquine ne firent qu'accroître sa tendance à l'isolement et approfondir sa conviction romantique que le poète n'appartient pas au monde des hommes.
1. « Hélas ! deux âmes habitent dans ma poitrine !... »
La vie de Grillparzer est relativement peu importante pour la compréhension de son œuvre. Ses parents, hauts fonctionnaires cultivés et dévoués à la couronne, lui inspirèrent une attitude faite de respect et d'attachement au régime, quelque atteinte qu'il en pût subir. La rébellion n'ira jamais chez lui jusqu'à la révolte. Des moyens financiers toujours très faibles, un goût évident pour la recherche érudite expliquent une vie retirée et insensible à la réussite sociale, à la gloire trop tardive. Sa sensibilité morbide l'empêcha de fonder une union stable avec la seule femme qu'il ait aimée, Katarina Fröhlich. Il n'ose pas se marier et se consacre à son œuvre. Au total, une vie que ne marque aucun événement extérieur, tout entière vouée à la littérature, dans cette même ville de Vienne qui l'avait vu naître et où elle s'achève dans la méditation et la solitude.
Le critique viennois Oswald Redlich écrit : « Grillparzer est entièrement et uniquement un individualiste ; il ne voit la source inépuisable de la vie et des changements historiques que dans les forces mystérieuses de l'individu. » Cet individualisme n'est certes pas niable, mais la vérité est plus complexe et se trouve sans doute dans un conflit entre deux tendances de force égale, l'individualisme, et le besoin de se rattacher à une communauté, à une histoire, à […]
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