2. Faillite de l'équilibre personnel
Sous ce titre, on peut regrouper – avec quelque artifice peut-être – l'ensemble des drames continuant la tradition néo-classique de l'Iphigénie de Goethe. Ces drames, achevés ou non, sont assez nombreux : Spartacus, 1811, Sapho, 1818, Das Goldene Vlies, 1826 (La Toison d'or), Des Meeres und der Liebe Wellen, 1831 (Les Vagues de la mer et de l'amour), mais on n'y compte guère qu'un chef-d'œuvre, Sapho. Alors que les drames historiques et plus particulièrement les premiers qu'il ait écrits se situent dans la tradition schillerienne, Sapho reprend bien des données goethéennes : situation du génie parmi les hommes, structure très classique, délicatesse psychologique dans la description de l'âme féminine.
Cependant, le renouvellement est grand, tant dans la langue, plus souple, moins conventionnelle, presque familière et viennoise dans la bouche des serviteurs, que dans le destin de l'héroïne. Pour le Tasse de Goethe, l'amour était l'expression rayonnante d'un moi exalté par le rêve poétique ; pour Sapho, femme vieillissante essayant de retenir un adolescent, l'amour est libération d'un art qui se révèle faux et insuffisant au contact de la vie. La divinité de l'art devient mensongère, en même temps que la simple vie terrestre s'avère impossible. Ce qui anéantit Sapho et la mène au suicide est moins d'être dédaignée au profit d'une enfant toute simple que d'ouvrir les yeux sur l'illusion du monde, des êtres et de l'art. La mort volontaire n'est plus, comme chez Goethe, rédemption triomphante ou sacrifice exaltant, mais fuite devant les contradictions d'un monde qu'on ne peut plus maîtriser.
Treize ans plus tard, Les Vagues de la mer et de l'amour reprendront ce même thème de l'individualité menacée par l'amour.
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