3. Le recours au drame historique
Il serait trop simple d'imaginer que le recours au drame historique s'explique uniquement par le besoin de se rattacher à une collectivité. Certes, les considérations esthétiques et personnelles ne sont pas négligeables, mais l'utilisation de l'histoire résulte d'une réflexion originale que l'on a voulu faussement interpréter dans le sens hégélien. S'il est une nécessité, l'État n'en est pas moins pour Grillparzer un mal. Quant à l'histoire, elle n'est pour lui que l'œuvre des hommes : « Les événements peuvent bien être l'œuvre d'un esprit du monde (Weltgeist), mais l'histoire ! L'histoire est-elle donc autre chose que la manière dont l'esprit de l'homme envisage des événements qui lui restent incompréhensibles ? » (Rollet-Sauer). Si donc Grillparzer choisit l'histoire comme toile de fond de certaines de ses œuvres, ce n'est pas pour des raisons de mode, mais seulement, en plus des motifs déjà indiqués, pour donner aux faits et aux hommes une assise plus solide dans le réel.
Il nourrit une méfiance égale à l'égard de la politique, mais il écrit : « Je ne suis pas un politique, mais la politique des siècles passés, ce que l'on nomme histoire, la nature de l'esprit humain qui reste toujours égal à lui-même malgré les différences apparentes furent le but de ma vie qui compte maintenant cinquante-sept années. »
Malgré cette conviction de la permanence d'une « nature humaine », il s'oppose nettement au désir romantique de faire revivre totalement l'histoire. Bien sûr, il entreprend, avant d'écrire Ottokar, « des lectures immenses » et s'efforce de rester aussi près que possible de la vérité historique, mais c'est surtout par sentiment patriotique et parce qu'il veut vérifier de plus près l'apparente analogie des destins d'Ottokar, roi de Bohême, et de Napoléon, empereur des Français.
De ses œuvres historiques, souvent fragmentaires, ne survivent plus aujourd'hui que trois tragédies : König Ottokars Glück und Ende, 1823 (Le Roi Ottokar, son bonheur et sa fin), Ein treuer Diene […]
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