2. Une carrière fulgurante d'officier « africaniste »
À cette époque, l'unique façon pour les jeunes officiers espagnols d'obtenir des promotions était de partir au Maroc combattre les tribus rebelles du Rif, dans le nord du pays, qui avait été attribué à l'Espagne lors de la conférence d'Algésiras en 1906. De sorte qu'après un an et demi de vie de garnison au Ferrol, Franco fut nommé, en février 1912, lieutenant surnuméraire au Maroc, où il avait très peu de chance de survivre.
L'épreuve du feu survint dès le mois de mars. Durant quatre ans, Francisco Franco prit tous les risques, surtout après son affectation, à sa demande, aux forces indigènes organisées sur le modèle français en bataillons (tabors). Il y forgea son caractère (impassibilité, maîtrise), gagna sa réputation d'être toujours à la tête de ses hommes, de paraître invulnérable... jusqu'à être grièvement blessé en 1916. Son ascension rapide « pour mérites de guerre » et cette blessure lui valurent le grade de commandant. Revenu en Espagne, il demeura trois ans à Oviedo (Asturies) où il rencontra Carmen Polo y Martinez, qu'il épousa en 1923, et dont il eut une fille, Carmen. En 1920, il accepta le commandement de la première bandera (bataillon) de la légion qui venait d'être créée. Il y imposa une discipline de fer, mais se fit respecter des légionnaires parce qu'il partageait les risques. Il appliqua à l'ennemi la loi du talion de manière implacable, en représailles du massacre des soldats espagnols lors de la déroute d'Anual en juin 1921 infligée par les rebelles d'Abd el-Krim.
Son ascension continua après le succès de l'opération franco-espagnole à Alhucemas (Maroc) en 1925, où il joua un rôle notable. Promu général de brigade en 1926 (à trente-deux ans), décoré de la Légion d'honneur française, il devint, en 1928, directeur de la nouvelle Académie générale de Saragosse. Franco dirigea cette institution avec passion et efficacité jusqu'à sa fermeture en juillet 1931, lors de l'instauration de la seconde République. En compensation, le nouveau gouvernement lui confia des postes importants : gouverneur général des Baléares en février 1933 et assesseur technique du ministre de la Guerre. Il organisa la répression de la révolte asturienne des gauches unies lors de la révolution d'octobre 1934. Mais la victoire du Front populaire aux élections de février 1936 provoqua son éloignement : il fut nommé gouverneur militaire des Canaries.
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