Longtemps oubliée, le sculpteur Félicie de Fauveau mérite de retrouver aujourd'hui, dans le courant de réhabilitation de la sculpture française du xixe siècle, la place que ses œuvres, profondément marquées par l'historicisme de l'époque romantique, lui avaient donnée aux yeux de ses contemporains. Première femme sculpteur qui ait vraiment marqué le siècle, elle avait su aussi, par son anticonformisme, ses prises de position politiques, son long exil italien, se créer une légende digne des héroïnes du passé dont elle voulait illustrer l'histoire.
Née à Florence dans une famille de la noblesse de robe financière, ouverte aux idées nouvelles avant la Révolution, Félicie de Fauveau, par un renversement assez fréquent en ce temps, se rallia dès ses jeunes années au monarchisme le plus strict et revendiqua l'héritage glorieux des chevaliers croisés. La ruine de sa famille lui permit de s'affranchir des convenances, de ne pas se marier et de choisir la condition d'artiste. Elle apprit le dessin avec Hersent et, par goût de la difficulté, se consacra à la sculpture. Appartenant à cette génération qui, fascinée par le Moyen Âge, avait découvert la statuaire dans les salles du musée des Monuments français où Alexandre Lenoir avait réuni les œuvres sauvées du vandalisme de la Terreur, elle avait à parts égales une passion d'« antiquaire », de collectionneur, et la volonté de ressusciter dans son œuvre l'époque médiévale qui, pour des raisons politiques et religieuses, constituait son idéal. C'est l'époque où François-Xavier Rio, historien de la peinture, réhabilite « l'art chrétien », où Augustin Thierry rêve parmi les tombeaux des rois en récitant des pages de Chateaubriand. Au Salon de 1827, elle expose, pour la première fois : Christine de Suède refusant de faire grâce à son écuyer Monaldeschi (plâtre au musée de Louviers). Dès 1831, la jeune revue L'Artiste, qui regroupe les romantiques et se montre à l'affût des talents, la resitue dans le groupe de créateurs qui est désormais le si […]
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