L'état de barbarie est un concept tout relatif. Il a reçu des applications diverses dans le temps et dans l'espace. Dans l'Antiquité, le terme « barbare » est utilisé par les Grecs, puis par les Romains (grec barbaros, latin barbarus). Il désigne alors l'étranger, celui qui n'est pas né à l'intérieur du territoire métropolitain ou celui dont les parents ne sont pas de pur sang. Chez les classiques, l'état de barbarie est caractérisé par un état d'où sont absents la civilisation et le raffinement, en particulier dans les mœurs et les coutumes.
Ce manque est un des fondements de l'aspect péjoratif qui restera essentiel au concept tout au long de son histoire. « Les Grecs vécurent autrefois comme les Barbares vivent maintenant », écrit Thucydide dans l'Histoire de la guerre du Péloponèse (I, 6, 6). Des Pélasges, les premières populations de la Grèce, à la suprématie macédonienne, l'état de barbarie circonvoisin s'est déplacé en fonction du passage de la conquête au droit de cité. Lorsque la Grèce est réduite à la situation de province romaine, en 146 avant J.-C., sous le nom d'Achaïe, le peuple hellène est inclus par les occupants parmi les barbares de l'empire naissant. Et cependant quels emprunts Rome ne lui doit-elle pas ! Cette contradiction n'en est pas une : elle démontre la relativité de l'état de barbarie. Relativité synchronique : on est souvent le barbare de quelqu'un d'autre. Relativité diachronique : l'état de barbarie se métamorphose aussi souvent en modèle par une sorte d'idéalisation idéologique a posteriori. L'histoire est riche de ces renversements. C'est à partir de quelques exemples que l'on peut tenter de cerner les attributs spécifiques de la barbarie. Celle-ci suppose son antonyme la civilisation, car elle ne peut se définir que contre cette dernière.
Le rapport entre ces deux concepts varie selon la manière dont ils sont confrontés au cours de l'histoire : soit que l'état de barbarie se manifeste à l'intérieur des limites, territoriales ou culturel […]
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