Un fait domine l'histoire de l'Espagne médiévale : l'invasion musulmane de 711, qui en dévie le cours et entraîne de multiples conséquences d'ordre politique, social, religieux et moral. La mainmise de l'Islam sur le royaume hispano-gothique créé deux siècles plus tôt étouffe les germes de « féodalisation » qui s'y manifestaient. La Reconquista, tout en donnant naissance à plusieurs royaumes, contribue à sauvegarder le sentiment d'une unité hispanique et à maintenir un pouvoir royal assez fort pour empêcher le développement d'un système féodo-vassalique comparable à celui qui triomphe dans les États nés de la dislocation de l'Empire carolingien. Ce sera seulement dans la seconde partie du Moyen Âge que l'aristocratie foncière née de la Reconquête cherchera à s'imposer à l'autorité monarchique, sans toutefois que naissent de véritables grands fiefs.
Cependant, les rapports entre l'Islam et la Chrétienté ne se résument pas en une longue croisade. La rencontre en terre hispanique de l'Orient et de l'Occident et la tolérance accordée pendant des siècles aux minorités religieuses se traduisent par la naissance d'une civilisation hispano-arabe, caractéristique de l'« Islam d'Occident » et héritière d'une partie du legs intellectuel de l'Antiquité. Grâce à elle, l'Espagne va jouer pendant quelques siècles le rôle de « relais de culture » : non seulement les monarchies chrétiennes, qui incorporent progressivement à leur territoire la majeure partie de l'Espagne musulmane, s'enrichissent de son héritage dans le domaine de l'art et de la pensée, mais, à la faveur des liens noués à la même époque (xie-xiiie siècle) avec l'Europe occidentale – liens que symbolise le « chemin de Saint-Jacques » – elles en transmettent une part à la Chrétienté occidentale.
Dans quelle mesure la symbiose réalisée entre musulmans, juifs et chrétiens a-t-elle contribué à forger certains traits spécifiques du tempérament espagnol, tel qu'il s'exprimera dans la suite de son histoire ? C'est là un difficile problème, à propos duquel se sont af […]
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