La popularité dont jouit Edvard Grieg repose sur quelques-unes seulement de ses œuvres, reléguant ainsi dans l'ombre le reste d'un catalogue pourtant tout à fait remarquable. Le Concerto pour piano et quelques Pièces lyriques ont empêché le public d'apprécier les autres compositions pour piano, à commencer par des cycles inspirés de la musique populaire norvégienne, d'une étonnante modernité. Les deux suites de Peer Gynt ont occulté les trésors d'invention et de fraîcheur que contient l'ensemble de la partition, et la Chanson de Solveig a dérobé à nos yeux les extraordinaires lieder, sans doute le trésor réel de l'œuvre de Grieg, longtemps ignoré des chanteurs et du public. Le vrai Grieg attend toujours sa renaissance.
1. Un Norvégien de troisième génération
Celui qui devint le symbole même de l'art national norvégien n'est qu'un arrière-petit-fils d'immigré. L'Écossais Alexandre Greig s'établit à Bergen dans les années soixante du xviiie siècle. Son petit-fils, Alexandre comme lui, mais déjà Grieg, épousa Mlle Gesine Judith Hagerup, fille d'un notable norvégien. Contrairement à une mystérieuse « tradition », Edvard – né le 15 juin 1843, quatrième de cinq enfants – n'a jamais porté le nom de jeune fille de sa mère. Cette dernière est son premier professeur de piano. Les gammes intéressent moins le jeune Edvard que les exercices d'harmonie : « le monde de mes rêves », dira-t-il plus tard. Sous l'influence d'un personnage illustre de la « renaissance » norvégienne, le violoniste et compositeur Ole Bull, les Grieg décident en 1858 d'envoyer Edvard à Leipzig, au conservatoire le plus célèbre d'Europe. Le jeune homme haïra cet endroit de toute son âme et prétendra n'y avoir rien appris. En vérité, il y reçut une formation solide, quoique conservatrice, découvrit Schumann, dont il restera un fervent admirateur, et s'imprégna de l'air du temps. C'est au Conservatoire qu'il joue en public ses premières œuvres, très schumanniennes : l'op. 1, Quatre Pièces pour piano, et l'op. 2, Quatr […]
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