Sans aucun doute, l'apport le plus original de la littérature scandinave, notamment suédoise, aux lettres du xxe siècle, aura été la tendance dite improprement « prolétaire » : autodidacte et étroitement associée à la conjoncture sociopolitique conviendrait mieux. Ce mouvement, sans équivalent ailleurs, ne fut jamais une école à proprement parler ; placé sous l'influence lointaine du Danois Martin Andersen Nexø, il se présenta en deux vagues successives et marqua toutes les littératures scandinaves dans l'entre-deux-guerres, sinon depuis.
Ces écrivains, sortis du peuple et autodidactes (ce dernier point est essentiel) ont choisi l'écriture comme moyen de libération individuelle et collective, leurs ouvrages, à peu près toujours autobiographiques, se voulant, consciemment ou non, exemplaires : ils témoignent en faveur d'un accès à la culture à partir d'une expérience vécue, qui ne passerait pas sous les fourches caudines de l'enseignement traditionnel et qui ne partirait pas nécessairement des présupposés « bourgeois », sociaux et politiques, en vigueur dans ce domaine. Il importe pourtant de les apprécier à leur exacte valeur, c'est-à-dire en fonction d […]
