Le poète et romancier suédois Harry Martinson fut l'une des figures les plus attachantes du xxe siècle littéraire suédois. Le prix Nobel qui était venu couronner tardivement sa carrière, en 1974, conjointement avec son homologue et compatriote Eyvind Johnson, ne consacrait pas seulement l'écrivain « prolétaire », mais aussi un poète fort original et un humaniste d'une émouvante générosité.
On appelle, en Suède, écrivains prolétaires tout un groupe de poètes et romanciers sortis du petit peuple, autodidactes mais non nécessairement populistes ni engagés politiquement, qui se firent un nom, en littérature, entre les deux guerres. Martinson coïncide exactement avec cette définition. Il est né et a grandi à Jämshög, dans le Blekinge, dans le sud de la Suède. Il perd son père en 1910, sa mère s'enfuit en Amérique en 1911 : lui et ses nombreux frères et sœurs seront confiés aux bons soins de la paroisse et donc transportés de maison en maison. Enfance dure et sans affection qui ne parait pourtant pas avoir ôté au jeune Harry une profonde joie de vivre. Il dira lui-même qu'il sut trouver deux refuges : la nature et les livres.
Dès 1919, et pour huit ans (la tuberculose seule le ramènera à terre), il s'embarque, se fait marin, soutier, chômeur, vagabond, « nomade autour du monde » selon ses propres termes, découvrant, en particulier, l'Amérique du Sud et l'Inde. Lors de ses fréquentes, et parfois longues escales en Suède, il publie déjà des poèmes dans des feuilles anarchistes et syndicales : y éclate le caractère le plus immédiatement visible de son style, un don de fantaisie et une indépendance verbale que bien peu de ses compatriotes partagent avec lui.
En 1929, il épouse Moa Swartz, qui sous le nom de Moa Martinson, sera également un des grands écrivains de la même tendance « prolétaire ». Cette même année, il fait paraître son premier recueil de poèmes, Le Vaisseau fantôme (Spökskepp) où l'on salue au passage les influences de Kipling et de Dan Anderson et qui, dans la manière semi-autobio […]
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