Rares sont les œuvres de Wieland qui, après deux siècles, retiennent encore des lecteurs, bien qu'il ait été, durant tout le xixe siècle, un auteur classique dans les pays de langue allemande. Il a beaucoup écrit et il a tenu tant de place dans l'Allemagne de son temps que Mme de Staël le comparait à Voltaire pour sa prose, à l'Arioste pour sa poésie. Ce fut un auteur engagé, publiciste fécond et généreux, qui dirigea une bonne revue, sans doute la plus vivante de son temps, et composa le premier roman moderne en langue allemande, Agathon. Poète, et même au premier chef, il a laissé au moins une œuvre d'envergure, Obéron. Il a contribué, plus que tout autre, à élargir les horizons de la littérature allemande du temps : excellent connaisseur de la Grèce, où il a situé la plupart de ses récits, passionné de lectures anglaises et traducteur de Shakespeare, amateur d'esprit français, conteur à la mode de Voltaire, il est le premier des écrivains « rococo ». Mais il a eu aussi une jeunesse piétiste et sentimentale, une période de mutation rationaliste, puis il a développé une philosophie harmonieuse, tolérante et humaniste, à Weimar, dont il fut l'initiateur avant Goethe qu'il y reçut en 1775, bien avant que la ville fût devenue « l'Athènes du Nord ».
1. Victoire de la nature sur l'exaltation mystique
Né à Oberholzheim (Souabe), Christoph Martin Wieland était fils d'un pasteur protestant. Il avait reçu, avec une éducation austère, une très bonne formation dans les langues anciennes et connaissait assez l'Antiquité grecque pour y situer un grand nombre de ses œuvres d'imagination. Il avait commencé par des écrits piétistes, durant le long séjour qu'il fit à Zurich à partir de 1752, fréquentant le poète J. J. Bodmer, qui fut son guide, lisant Milton, Richardson et, après eux, Shakespeare.
Après les milieux piétistes, il connut, à son retour en Souabe, en 1760, une société bien plus aristocratique, cosmopolite et volontiers libertine par le comte Stadion, qui vivait près de Biberach. Petite cité s […]
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