Durant le xixe siècle, en Russie, les cercles littéraires et philosophiques jouent un rôle intellectuel et social considérable, surtout dans les premières décennies, quand l'activité littéraire est pratiquement la seule forme d'expression possible : rôle formateur pour des adolescents insatisfaits de l'enseignement prodigué ; rôle contestataire, même s'il prend l'aspect innocent d'une retraite sentimentale, d'une parodie, d'une spéculation philosophique ; rôle de brassage social, car aux jeunes nobles viennent se joindre progressivement des intellectuels roturiers (raznotchintsy) préparant ainsi la naissance de l'intelligentsia russe. Ces cercles naissent et disparaissent spontanément. Il existe cependant une remarquable filiation : ils se démarquent des salons littéraires, aristocratiques, mondains, de culture française et font leurs les aspirations idéalistes de la littérature allemande (le schillerisme est un fil conducteur qui mène de Joukovski à Blok en passant par Bielinski et Dostoïevski), ils s'organisent autour d'une personnalité exceptionnelle dont le rayonnement sur ses compagnons ne disparaît pas, après une mort généralement précoce. C'es […]
