Présent sur tous les fronts de l'écriture – romans, nouvelles, théâtre, essais, journalisme –, Carlos Fuentes n'a jamais cessé, tout au long de son œuvre, de s'interroger sur le langage, le temps, l'histoire, la culture, l'éducation et les différentes formes de pouvoir. En 2002, il publie une sorte de bréviaire, Ce que je crois, dans lequel sont rassemblés par ordre alphabétique ses centres d'intérêt littéraires – on trouve là ses auteurs phares : Balzac, Cervantès, Faulkner, Kafka, Shakespeare – ou culturels : Buñuel et le cinéma ; Velázquez et la peinture, à laquelle il a consacré en 2003 un recueil d'articles, Viendo visiones, mais aussi les éléments de son éthique personnelle. Dans l'essai historique qu'il publie en 1992, Le Miroir enterré, il martèle l'idée qu'il existe selon lui un formidable hiatus entre la créativité du sous-continent dans le domaine culturel et le chaos économique, politique et social dans lequel sont plongés la plupart des pays latino-américains. Observateur attentif de la société mexicaine (Un temps nouveau pour le Mexique, 1997), il met en scène, dans Le Siège de l'aigle (2003), un roman épistolaire, les luttes souvent meurtrières qui se livrent dans les coulisses du pouvoir central, autour du fauteuil présidentiel. Apôtre de la convivialité et de la pluralité, Fuentes considère le Mexique comme un pays (« baroque », dit-il) où coexistent plusieurs traditions : la cosmologie indigène, l'interprétation espagnole du christianisme, l'individualisme bourgeois d'origine européenne, la foi dans la science, la raison et le progrès des pays industrialisés. Toutes sont à prendre en compte, ce qui explique que, dans son essai de 2004 Contre Bush, il réfute avec vigueur les thèses sur le « péril métis » développées par Samuel Huntington.
1. La découverte de Mexico
Carlos Fuentes est né en 1928 à Panamá. Romancier, essayiste, dramaturge, il sera également rédacteur au journal El Espectador et directeur de la Revista mexicana de literatura. Il participe à la vie politiqu […]
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