Fils d'un batelier, Camille Bombois fut tour à tour gardien de troupeaux, valet de ferme, hercule de foire, terrassier, typographe, avant de pouvoir, à partir de 1922, se consacrer entièrement à la peinture. L'œuvre de ce maître de l'art naïf est l'un des plus authentiquement et des plus savoureusement populaires, même si, la célébrité venue, il a un peu trop cédé à la tentation de se répéter et de s'imiter lui-même. Peu enclin au rêve exotique, Bombois puise son inspiration dans l'expérience quotidienne. En souvenir de son enfance batelière, il s'est plu à peindre l'eau avec tous ses reflets et tous ses miroitements. Il excelle dans les scènes de cirque, qui évoquent, non sans quelque nostalgie, ses années d'existence foraine, et dans les nus, où le sens du monumental s'allie à une sensualité candide. Latent ou larvé chez la plupart des peintres naïfs — qui reculent presque toujours devant le tabou de la nudité féminine —, l'érotisme, ici, semble s'épanouir sur un mode triomphal. Qu'on y prenne garde cependant : plutôt que des femmes réelles, les géantes de Bombois ne seraient-elles pas des déesses mères, des figures rayonnantes et un peu redoutables de la Terre ? Le regard que jette Bombois sur la femme la sacralise ; c'est seulement par le biais et sous le couvert de l'adoration qu'il est permis au désir de se manifester.
Pierre ROBIN
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