Stan Brakhage est, historiquement, la deuxième personnalité la plus importante du cinéma expérimental américain d'après-guerre. Si Maya Deren, par sa pugnacité militante et ses propres travaux, dota dès la fin des années 1940 d'une identité spécifique les réalisateurs d'avant-garde, qui n'étaient plus alors plasticiens ou protagonistes de grands mouvements culturels (tels le dadaïsme ou le surréalisme dans les années 1920) mais spécifiquement filmmakers, Stan Brakhage élabora, avec le moyen métrage Anticipation of the Night (1958), un langage, une esthétique propres à ce cinéma, qui n'avaient aucun autre modèle dans le passé. Il tentera, à travers ce que les théoriciens américains ont appelé le lyrical film, fait de surimpressions fluides et multiples, de raccords dans le temps, d'absence de narration, de retrouver une « vision vierge de l'œil » débarrassée de toute éducation perspectiviste mais en travaillant sur des paramètres cinématographiques (il filme en prises de vues réelles) et non picturaux à l'instar de ses aînés « abstraits » Fischinger ou Richter.
Né en 1933 à Kansas City (Missouri), Stan Brakhage fréquente les salles de cinéma dès l'enfance. La vision d'Orphée, de Jean Cocteau (1950), d'une part, la lecture des textes de Gertrude Stein, de l'autre, lui suggèrent qu'il pourrait faire des films avec la même liberté créatrice que les poètes. Il passe à la réalisation avec Interim (1953), histoire toute simple d'une rencontre sentimentale entre deux jeunes gens. Les premiers films de Brakhage se distinguent peu de ceux de ses prédécesseurs immédiats, Maya Deren, James Broughton... Ils montrent des personnages mentalement torturés, en proie à des pulsions sexuelles difficilement domestiquables. Reflection on Black (1955), Flesh of Morning (1956), Loving (1957) relèvent de cette inspiration. En 1955, le peintre Joseph Cornell confie à Brakhage le soin de filmer le métro new-yorkais. Pour la première fois, le jeune homme doit construire une œuvre sans aucun recours à la narration, uni […]
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