Bernard Silvestre, qui a traité de grammaire, de morale, de géomancie, d'astrologie, compose avant 1148 une Cosmographia, ou De mundi universitate, dédiée à Thierry de Chartres. C'est un ouvrage fort curieux, mêlé de prose et de vers, où l'on voit apparaître des personnages de stature métaphysique et cosmique tels que Noys (l'Intelligence), auprès de laquelle Nature vient se plaindre de l'état chaotique de la matière, Endelecheia (qui fait penser à l'entéléchie aristotélicienne), l'Âme universelle, Urania, Physis, Tugaton (le Bien platonicien). Il y a dans ce petit ouvrage des éléments d'une encyclopédie : histoire, géographie, zoologie, botanique, astronomie, anatomie... L'esprit en est énigmatique et les critiques l'ont diversement interprété : transposition de la Genèse, résurgence du naturalisme antique, imprégnation par l'hermétisme... De fait, Bernard y brasse et cherche (dans quelle mesure ?) à combiner des thèmes d'origines très différentes : la Bible, Platon, les écrits hermétiques, la poésie latine. Il en résulte un ensemble composite, mais très attachant, où se mêlent sans toujours s'harmoniser de multiples échos : ce qui fait que cette œuvre, avec en outre son raffinement littéraire, reflète bien un aspect important de son époque.
Jean JOLIVET
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