Considéré comme le « sultan des poètes », Bāḳī porta à son point de perfection la poésie turque classique. Poète de Cour et de tradition savante, il nous apparaît plutôt comme un virtuose extraordinaire que comme un grand inspiré. Mais il a su, dans le cadre artificiel que lui imposaient son époque et son milieu, parvenir aux plus hauts sommets du raffinement esthétique et intellectuel.
Né à Istanbul, fils d'un modeste muezzin, Bāḳī eut une enfance pauvre et fut placé comme apprenti chez un sellier. Il manifesta dès sa jeunesse un goût très vif pour la poésie et attira l'attention des lettrés qui fréquentaient la boutique de son patron. Aussi put-il bénéficier de l'enseignement des écoles coraniques, où les étudiants sans ressources étaient instruits et hébergés aux frais des fondations pieuses. Ce système permettait, dans l'Empire ottoman (et, plus généralement, dans les États musulmans), l'accès des enfants d'humble origine à la plus haute culture traditionnelle.
Les études, destinées à former des docteurs de l'islam, ne se limitaient pas à la religion et au droit musulmans. Elles portaient aussi sur les langues arabe et […]
