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WESKER ARNOLD (1932- )

Fils d'un petit tailleur juif de l'East End de Londres, Arnold Wesker devient homme de théâtre presque par hasard, après avoir vu, en 1956, la pièce d'Osborne, La Paix du dimanche (Look Back in Anger). Un outil, une arme, voilà ce dont il s'empare, avec l'aide du Royal Court et du metteur en scène John Dexter. Il veut donner la parole au malaise de sa génération démobilisée à la fois par les promesses du Welfare State et par les événements de Hongrie. Ce sont ses propres expériences professionnelles, sa propre famille, qu'il mettra d'abord en scène. Ronnie est le héros commun à trois pièces qui forment un triptyque, trois leçons d'un « roman d'apprentissage » : La Soupe de poulet à l'orge (Chicken Soup with Barley, 1958) ; Racines (Roots, 1959) ; Je parle de Jérusalem (I'm Talking about Jerusalem, 1960). Comme Wesker, Ronnie a une mère juive, chaleureuse, enthousiaste, militante communiste, et dépassée par les événements ; comme lui, il part en tant que cuisinier à Paris et rêve d'un monde meilleur. Dans Je parle de Jérusalem, il se retire dans une vieille ferme avec la femme qu'il aime : expérience utopique à la William Morris, qui se soldera par un échec.

La première pièce de Wesker à être connue en France fut La Cuisine (The Kitchen, 1959), montée par Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil en 1966, dans l'ancien cirque Médrano. Sans un accessoire, le ballet mécanique de la préparation des repas dans une grande cuisine de restaurant se déroulait avec une vérité hallucinante. Ainsi épuré, stylisé, le naturalisme de Wesker donne toute sa mesure et offre une vision sans concession des relations sociales. Pourquoi une cuisine ? Parce que pour Wesker, c'est un microcosme, comme le sera l'armée dans Des frites, des frites, des frites (Chips with Everything, 1962) : « Cette saleté de cuisine est comme le monde », ou encore « La vie civile, la vie militaire, c'est du pareil au même. » Par le jeu des affrontements dramatiques, Wesker dénonce les relations d'autorité et l'abruti […]

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