Né à Kazan, en Ukraine, Alexandre Alexeieff est d'abord cadet de la marine tsariste, puis gagne Paris après 1917 et parfait son instruction à l'École des langues orientales. Dessinateur, graveur et à ce titre illustrateur de Malraux aussi bien que des « classiques » russes (1922-1925), et plus tard de Pasternak, il travaille également comme décorateur de cinéma. Après avoir vu L'Idée de Bartosh et Masereel (1931), à l'éclairage contrasté fort rudimentaire, il conçoit, bien plus en opposition qu'en filiation, un procédé original de filmage du dessin : « l'écran d'Alexeieff » est une planche percée de plusieurs centaines de milliers de trous, où s'enfoncent à volonté, plus ou moins profondément, autant d'épingles qui, éclairées en lumière frisante, permettent de moduler à la fois le relief et le clair-obscur. Le procédé maintient un certain statisme, mais introduit dans le film « image par image » une variété d'éclairage et une appréhension des atmosphères inconnues jusqu'alors ; sans compter une profondeur de champ qui n'implique pas le recours, aléatoire autant que dispendieux, à des maquettes spéciales.
C'est ainsi qu'Alexeieff présente en 1933 Une nuit sur le mont Chauve (sur une musique de Moussorgski) qui devient aussitôt un classique de l'animation. Après plusieurs autres films réalisés par le même procédé, dont La Belle au bois dormant (1936), Alexeieff doit gagner le Canada (1940) où il réalise En passant (1943). De retour en France, il diversifie sa production, s'intéressant au film de marionnettes et, surtout, au film publicitaire. Il y emploie quelquefois l'écran d'épingles et, face au nouveau défi de la couleur, invente en 1947 un procédé de « totalisation » de l'image, fondé sur le mouvement pendulaire. Il en tire le générique, resté longtemps fameux, de la société de distribution Cocinor, ainsi que des courts métrages vantant de préférence les accessoires du charme féminin, qu'il s'agisse d'un savon (Pure Beauté, 1954 ; Baind'X, 1958) ou de diverses marques de lingerie (Rimes, 1954 […]
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