3. Le multiple pur
La philosophie d'Alain Badiou se présente donc comme une nouvelle doctrine de la vérité, étayée sur une théorie générale de l'événement. Mais cette pensée de l'exception, de la césure, est aussi une pensée de l'immanence radicale. En effet, les vérités (elles-mêmes multiples et non totalisables) ne sont nullement séparées du multiple, bien qu'elles ne se confondent pas avec lui. Elles coïncident avec la production, au sein de situations données, de multiples d'un genre spécial : les singularités quelconques (ou « génériques »), « innommables » parce qu'échappant à l'« encyclopédie » des propriétés énonçables dans une langue bien faite. Alain Badiou voit dans la « volonté générale » de Rousseau, indépendante de tout intérêt particulier et de toute détermination explicite, un exemple de ces ensembles génériques. L'excès ou la césure de l'événement par rapport à l'être, d'où provient une vérité, ne nous fait donc jamais sortir du multiple. Qu'il puisse y avoir excès sans que par là se réintroduise une transcendance, il revient à l'ontologie du multiple pur de l'établir.
En refusant toute forme de transcendance, le platonisme de Badiou se veut fidèle à l'événement de la « mort de Dieu » annoncé par Nietzsche. Il trouve son principe dans la proposition du Parménide : « l'Un n'est pas ». L'être pensé comme multiplicité infinie ne peut jamais se rassembler en Un, ni être ressaisi comme « étant en totalité ». Ce caractère non totalisable, littéralement « inconsistant » du multiple pur, est le motif initial déployé par L'Être et l'événement. En témoignent à leur manière les apories suscitées par l'idée d'un ensemble de tous les ensembles (paradoxe de Russell), ou encore le fait que l'ensemble des parties ou sous-ensembles d'un ensemble donné est toujours plus grand que lui (théorème de Cantor), ce qui ouvre le champ à une hiérarchie d'infinis de puissance croissante. Délivrée du thème de l'Un ou du Tout, l'ontologie ne peut être que « soustractive ». Elle se confond avec les
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