Les œuvres et les écrits du peintre Ad Reinhardt témoignent d'une démarche rigoureuse et courageuse, visant à éliminer de la peinture toute anecdote figurative ou même abstraite. « Il n'y a rien à voir, que la peinture », déclarait Reinhardt à propos de son travail, où la réduction du nombre des couleurs et des rapports de forme aboutissent, selon Alfred Pacquement (qui organisa la première rétrospective Reinhardt en France, en 1973), « plus qu'à une répétition obsessionnelle, à un extrême dépouillement de la surface ».
Ad Reinhardt est né à Buffalo. Après des études avec Meyer Shapiro, à l'université Columbia (New York), il opte pour l'abstraction. Contrairement aux artistes de sa génération, Reinhardt ne subit pas l'influence du surréalisme ; dans les années quarante, il propose l'occupation totale de la surface picturale par une mosaïque de signes ou de rectangles colorés qui s'imbriquent les uns dans les autres (Number 22, 1949, Museum of Modern Art, New York ; Brick Painting, 1952, Tate Gallery, Londres). Ayant adhéré au mouvement des American Abstract Artists, il publie, dans la revue PM, des dessins satiriques sur le monde de l'art. En 1953, Reinhardt renonce à toute asymétrie, à toute irrégularité, à toute couleur vive dans ses tableaux. Il adopte un schéma cruciforme et s'oriente vers la quasi-monochromie de la surface peinte. Après avoir publié, en 1957, ses principes : les « douze règles pour une nouvelle académie », il répète inlassablement, à partir de 1960, la même peinture. Rigoureusement identiques, ses Black Paintings, de format carré, sont également divisés en neuf carrés et enduits de couleur noire dont seules varient les valeurs (Ultimate Painting, 1960, Musée national d'art moderne, Paris). « Moins en art, ce n'est pas moins », énonçait l'artiste. Sa recherche de l'Art as Art, du fait pictural dans sa nudité, aura eu une grande répercussion sur l'art minimal et sur l'art conceptuel.
Élisabeth LEBOVICI
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