Peintre contemporain américain, Frank Stella s'est orienté à ses débuts vers une abstraction géométrique qui tend à supprimer toute trace de facture picturale ou d'intervention de la main du peintre, et toute suggestion d'un rapport sensible existant entre l'artiste et son tableau. Cette œuvre radicale amorcée en 1958 correspond à la période la plus connue de l'artiste et est généralement, considérée comme primordiale pour l'essor de l'art minimal, voire de certains principes du pop art. On connaît moins, en revanche, son autre période picturale, qui se développe à partir du milieu des années 1970 : atypique et hors normes, cette partie de son œuvre est parfois qualifiée de « baroquiste ».
1. Dépasser l'expressionnisme abstrait
Frank Stella est né en 1936 à Malden, dans le Massachusetts, près de Boston. Formé à la Phillips Academy auprès du peintre abstrait Patrick Morgan entre 1950 et 1954, puis à la Princeton University où il étudie l'histoire, c'est avec une peinture plutôt ascétique et sobre que le jeune peintre séduit immédiatement le marchand Leo Castelli. « Les écrits sur les années cinquante soulignent dans mon travail une réaction contre ce qui était alors un style de peinture dominant [...] Mais en réalité, ma peinture de l'époque répondait parfaitement aux normes de l'expressionnisme abstrait [...] Certes mes peintures avaient l'air différentes, mais l'esprit et le sentiment étaient si proches de ce qui se faisait alentour que je fus surpris par l'hostilité et les railleries qu'elles suscitaient. » Il est vrai qu'en regardant avec précision des toiles comme Delta (1958, collection particulière) ou Astoria (1958, Museum of Modern Art, New York), on retrouve une irrégularité expressive, on note certaines coulures, l'emploi de couleurs vibrantes, loin de la sécheresse des toiles qui ont fait la première réputation de Stella. Cette présence physique, ce « fait-main » tranchent avec le « sujet » et la désincarnation de toiles rapidement gagnées par la couleur noire. Ces premières co […]
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