YU HUA (1960- )

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Né en 1960 à Hangzhou, dans la province du Zhejiang, Yu Hua a passé son enfance et son adolescence à Haiyan, au bord de la mer. Trop jeune pour être « garde rouge » au moment où éclate la révolution culturelle (1966), il sera cependant le témoin de scènes barbares qui ne cesseront de hanter son œuvre. Ces expériences traumatisantes, jointes à ses contacts précoces avec la mort dans l’enceinte de l’hôpital où exerçait son père chirurgien, nourrissent le climat morbide de ses premiers écrits. Comme tous ceux de sa génération, Yu Hua a vécu une jeunesse sans livres. Quand, à la fin des années 1970, cesse l’embargo imposé par le gouvernement sur la quasi-totalité de la production littéraire mondiale (littérature chinoise comprise), c’est dans les littératures étrangères qu’il puise la nourriture spirituelle dont il a été longtemps privé. Il découvre successivement Kawabata, puis Kafka et tous les grands noms de la littérature occidentale moderne, d’Hemingway à Robbe-Grillet. Partageant d’évidentes affinités avec Borges, il admire également Bruno Schulz, Juan Rulfo ou Montaigne. Lui-même entre en littérature après avoir exercé pendant quelques années le métier de dentiste, ou plus exactement d’arracheur de dents, dans un dispensaire. Ses premiers textes paraissent en 1983. Mais c’est la nouvelle « Shiba sui chumen yuanxing » (« Sur la route à dix-huit ans », 1987) qui le révélera véritablement.

Les premières nouvelles de Yu Hua plongent le lecteur dans un univers glacé, où les relations humaines obéissent essentiellement à la logique de la vengeance : dans « Xianshi yizhong » (« Une certaine réalité », 1988), un enfant, en provoquant la mort de son cousin encore bébé, enclenche au sein d’un foyer où cohabitent deux frères un cycle de violences qui se termine par l’élimination physique des protagonistes. L’irréalité qui se dégage de ces récits, l’abstraction des personnages dépourvus d’identité propre et d’émotions, les redondances et les discordances de la narration sont autant de traits typiques de l’écriture d’avant-garde, dont Yu Hua devient rapidement une des figures de proue, aux côtés de Ma Yuan et de Ge Fei. Parmi ses œuvres de cette période, on retiendra plus particulièrement « Gudian aiqing » (« Un amour classique », 1988), où les rencontres successives d’un lettré et d’une belle jeune femme, dans un paysage tour à tour riant et dévasté, sont la transposition, dans l’univers des chuanqi (récits extraordinaires) propre à la Chine ancienne, des cauchemars récents de l’histoire chinoise. 1986 (Yijiubaliu nian, 1987) est le récit hallucinatoire du retour d’un rescapé de la révolution culturelle dans un monde abandonné à la frénésie de l’oubli.

Le style de Yu Hua subit par la suite des évolutions, dont certaines ont parfois désarçonné ses lecteurs attachés à son image avant-gardiste. Après Zai xiyu zhong huhan (Cris dans la bruine, 1991), roman à la structure complexe où un narrateur évoque son enfance solitaire et sa découverte de la cruauté, mais aussi de la face tendre des relations familiales et communautaires, Huozhe (Vivre ! 1992), adapté au cinéma par Zhang Yimou, confirme l’éclosion d’un Yu Hua plus humaniste. Si son personnage perd les siens dans les tourmentes politiques de l’époque maoïste, la sérénité que l’auteur lui prête à la fin du roman semble le signe d’un apaisement et d’un détachement. Paraît ensuite Xu Sanguan maixue ji (Le Vendeur de sang, 1995), qui marque un nouveau sommet dans la carrière de Yu Hua : pendant trente ans, des années 1950 au début des années 1980, Xu Sanguan vend son sang pour faire face aux difficultés de la vie. Le roman est scandé par ses perpétuels déplacements (Yu Hua, grand amateur de musique, a dit s’être inspiré, en l’écrivant, de l’opéra de Shaoxing). Le héros devient une figure de l’obstination à vivre, mélange de mesquinerie et de générosité, que l’écriture stylisée de l’auteur élève au-dessus du réalisme ordinaire.

Vivre ! et Le Vendeur de sang vont assurer le succès international de Yu Hua, écrivain jusque-là réputé difficile, voire choquant par sa violence. Après une période de dix ans au cours de laquelle il publie principalement des essais, notamment sur les écrivains étrangers qui l’ont inspiré ou sur la musique occidentale, il ébranle à nouveau la scène chinoise en faisant paraître successivement (en 2005 et 2006) les deux volumes de son roman fleuve Xiongdi (Brothers). L’histoire est celle de deux garçons, [...]

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  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales, directrice de l'équipe ASIES

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Isabelle RABUT, « YU HUA (1960- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yu/